"Là où vit l’individualité"
ARTICLE
I — L’éveil de l’individualité

Nous vivons dans un monde de normes, de modèles et de solutions « toutes faites ». C’est un peu comme la vitrine d’un magasin qui aurait déjà choisi pour chacun son apparence et son mode de vie. Vous y entrez, essayez différentes tenues, en choisissez une ou deux, puis commencez à vous identifier à elles : vous les portez chaque jour, convaincu que tout cela, c’est vous.


L’être humain évolue dans un monde systémique où personne n’a véritablement intérêt à développer son individualité, car cela pourrait bien provoquer une révolution des sens, bouleverser de fond en comble tous ces « il est d’usage de », et détruire cet ordre artificiel soigneusement établi.

Il est plus simple de se fondre dans la foule, de se comporter comme il convient, de ne pas avoir l’air trop provocant, ni trop discret, ni trop détaché du monde — de ne surtout jamais être trop quoi que ce soit.

Nous vivons par habitude, laissant les autres prendre les décisions à notre place : sur la manière dont les choses devraient être, les principes selon lesquels il faudrait vivre, l’âge auquel il conviendrait d’avoir des enfants, puis celui auquel il faudrait construire une maison et planter un arbre.

Dans un monde où chacun d’entre nous — absolument chacun — est unique, porte en lui une vibration singulière et une beauté d’âme qui lui sont propres, nous choisissons de nous fondre dans la masse ; nous ne regardons pas à l’intérieur, mais errons sans but à la surface des choses, en choisissant le décor idéal pour notre nouvelle maison, en achetant une voiture d'une marque prestigieuse ou en nous mesurant sans cesse aux réussites des autres, quelles qu'elles soient.

Dans un monde où chacun de nous pourrait laisser une empreinte qui ne ressemble à aucune autre, nous choisissons de donner volontairement ce que nous avons de plus précieux : nous-mêmes.

II— Le retour à soi

Pourquoi s’étonner qu’il soit si difficile de retrouver notre véritable nature lorsque notre quête de nous-mêmes s’arrête aux facteurs extérieurs ? Lorsque le monde entier fait écho à de faux repères et nous égare.

Vous me demanderez peut-être : quel rapport y a-t-il entre les systèmes établis et vous ? En quoi tout cela vous concerne-t-il ? Ou peut-être supposerez-vous que vous ne possédez rien de particulier : ni unicité, ni talent, ni aucune de ces prétendues singularités qui mériteraient qu’on s’y attarde, qui chercheraient à se manifester et qui pourraient vous pousser à rejeter les normes collectives au nom d'un quelconque développement personnel.

Et pourtant, imaginez, ne serait-ce qu'un instant, que ce ne soit pas le cas. Imaginez une autre réalité, dans laquelle votre individualité existe et peut pleinement se manifester. Elle n'est peut-être pas telle que la perçoivent la société, vos proches ou la personne que vous aimez. Mais elle existe. Elle n'est ni meilleure ni moins bonne que celle des autres qui se sont déjà découverts. Mais elle est vôtre.

Maintenant, prenez une profonde inspiration, en accueillant en vous tout ce qui vous préoccupe à cet instant — sur ce sujet ou sur un tout autre — puis expirez en sortant de votre petite boîte humaine. Recommencez plusieurs fois si nécessaire, autant de fois qu'il vous le faudra. Détendez-vous. Relâchez les tensions dans votre corps. Prenez le temps de ressentir chacune de ses parties, en les parcourant doucement et avec bienveillance de votre regard intérieur, plein d'amour. Continuez à respirer profondément et lentement.

Tout va bien en vous. Restez dans cet état. Ici, vous êtes en sécurité. C'est une réalité alternative que vous pourrez toujours refermer si vous commencez à vous y sentir mal à l'aise.

Alors, écoutez bien ce que je vais vous dire. Vous êtes merveilleux. Votre expérience est unique. Vos sentiments et vos émotions ont de la valeur. Et vous avez quelque chose à offrir à ce monde. Bien plus encore : le monde attend avec impatience que vous vous manifestiez pleinement, tels que vous êtes véritablement. Il aimerait tant que vous laissiez s'exprimer cette perspective intérieure, que vous vous libériez de tout ce qui entrave votre être profond, le limite et le rétrécit.

Et en ce moment, je ne m'adresse pas à votre ego. Je ne vous dis pas : soyez encore plus actifs, plus démonstratifs, plus éclatants. Je ne vous dis pas que vos efforts ne sont pas suffisants. Non. Ralentissez. Je m'adresse à votre Âme — à vous. Car vous êtes précisément cela. Elle porte le code de votre fréquence singulière, de votre vibration, de votre couleur et de votre sonorité — uniques, les vôtres et à nul autre pareils. Elle est toujours là, murmurant doucement ses conseils bienveillants. Elle n'a jamais besoin de se donner en spectacle. Elle est affaire d'honnêteté, de sincérité, de transparence. Avant tout, envers soi-même.

Je l'avoue, il peut être déstabilisant de prendre conscience que tout ce à quoi vous vous êtes autrefois identifié ne vous correspond peut-être pas véritablement. Pourtant, je le crois sincèrement, et j'ai moi-même traversé cette expérience plus d'une fois : tout arrive lorsque vous êtes intérieurement prêt — pour vous et en ce qui vous concerne.

Et si vous lisez ces lignes en ce moment, si elles sont venues jusqu'à vous, c'est que quelque chose en vous a attiré cette expérience. Peut-être savez-vous déjà de quoi je parle et avez-vous parcouru ce chemin. Peut-être n'en êtes-vous qu'au tout début. Mais écoutez-moi bien : il ne s'agit pas d'une compétition. Car même ici, l'ego peut s'en mêler. Et même ici, il faudra vous apaiser et vous dire : chaque chose viendra en son temps. Ne cherchez pas à précipiter le processus. Vous risquez de vous faire davantage de mal et d'arracher la racine, sans rien pouvoir planter à sa place. C'est comme la maturation d'un fruit dans sa coque : si vous provoquez artificiellement une fissure, vous risquez de perturber les processus naturels et de tout simplement détruire le fruit — autrement dit, votre authenticité, votre essence, qui mûrit à son propre rythme, en puisant ses forces et en prenant la taille qui lui est nécessaire.

Vous ne serez jamais en retard, ni sur vous-même ni sur votre chemin, si vous restez fidèle à vous-même, si vous faites preuve de bienveillance envers vous-même, sans précipiter les événements ni votre propre évolution, mais en choisissant simplement de faire confiance.

J'aime beaucoup l'exemple de l'oignon. Je pense que chacun de vous visualise maintenant cette image, avec ses innombrables couches étroitement superposées les unes aux autres. Et au centre, il n'y a qu'un tout petit cœur. Eh bien, c'est vous. Vous, dans votre vérité. Tout le reste est rapporté, ne vous appartient pas. Vous avez l'impression que ces couches vous protègent, vous définissent, vous permettent d'affirmer votre place dans le monde, mais, hélas, il n'en est rien. Il faut les retirer avec précaution, une à une, sans se presser et en étant à l'écoute de soi — uniquement lorsque vous vous sentez intérieurement prêt.

Tout cela, c'est une question d'individualité. Beaucoup demanderont : pourquoi est-il si important d'être soi-même ? Parce que c'est la seule manière d'être véritablement heureux.
Et c'est ici qu'il convient de faire une distinction, de prendre conscience de la différence entre le bonheur que procurent les jouets et les commodités extérieurs — qui ne peuvent nous apporter un bonheur véritable, même si beaucoup continuent à s'y identifier — et celui qui naît de l'intérieur. Le véritable bonheur, c'est lorsque l'on se sent bien avec soi-même, lorsque l'on sent que l'on fait ce que l'on aime. Non pas parce que c'est prestigieux ; non pas parce que cela nous permet de gagner l'amour de notre entourage ; non pas parce que nous cherchons à prouver au monde que nous avons de la valeur. Mais simplement parce que nous aimons ce que nous faisons. Et peu importe que cela soit d'une grande ampleur ou non : cela ne signifie pas pour autant qu'il n'y ait pas d'abondance. L'essentiel, c'est que vous soyez heureux.

Et sachez-le : c'est à partir de cette authenticité qui est la vôtre que se construit tout le monde qui vous entoure, toute votre réalité — et non l'inverse. L'extérieur ne peut pas agir sur l'intérieur. C'est l'intérieur qui peut créer l'extérieur. Parce que le monde est notre reflet. Le monde est énergie, et les lois les plus justes sont celles de la physique quantique. De là vient cette idée que vous êtes le Créateur de votre vie, et non son esclave. Vous pouvez choisir d'accepter ce rôle d'esclave, vous croire impuissant, remettre votre pouvoir de décision entre les mains d'autrui. Mais vous ne pourrez jamais tuer en vous ce qui est véritable, ce qui est authentique. Cela continuera à vous rappeler doucement et avec bienveillance ce qui compte vraiment : vous-même.

Vous aurez beau errer, vous perdre, désespérer, toucher le fond — une fois, deux fois, peut-être davantage —, cette part de vous vous attendra toujours. Elle ne vous abandonnera pas sous prétexte que vous ne lui avez pas prêté attention à temps ou que vous n'étiez « pas comme il fallait ». Non.

Mais réfléchissez un instant : cela vaut-il vraiment la peine d'attendre ? De porter jour après jour des vêtements qui serrent, qui sont inconfortables… C'est possible, bien sûr. Mais est-ce vraiment nécessaire ?

Alors oui, vous pouvez fuir tout cela, fermer les yeux, vous boucher les oreilles — parce que c'est plus facile, parce que beaucoup de gens vivent ainsi, parce que cela occasionne moins de problèmes. Mais cela ne vous soulagera pas pour autant. Surtout si vous êtes prêt à vous lancer maintenant, ou si vous l'êtes depuis longtemps déjà, si vous avez simplement fait le tour du monde extérieur, mais que vous avez encore peur de franchir le pas. Et c'est normal. Ne vous grondez pas. Détendez-vous simplement. Si ces mots trouvent un écho en vous, il est peut-être temps. Le temps d'agir. Le temps d'aller vers le nouveau. Le temps de vous tourner vers l'intérieur, de partir à votre propre découverte, de faire connaissance avec votre véritable nature. Car la plupart des gens n'ont même pas la moindre idée de ce qui se cache en eux, de qui ils sont réellement.

Et ce n'est pas une bête tapie dans l'ombre qu'il faudrait maintenir sous contrôle. C'est votre force, qui ne demande qu'à être accueillie et libérée. C'est elle qui vous appelle, car elle sait de quoi vous êtes capable. Elle se souvient de tout, même si vous avez oublié. Et elle a une envie folle, vraiment folle, de partager cela avec vous : votre beauté, votre lumière, votre vibration.

III — À travers les épines jusqu'aux étoiles

Comme vous l'avez peut-être déjà compris, la question de l'individualité n'est ni linéaire ni univoque. Ce n'est pas un chemin tout tracé qui mènerait d'un point A à un point B.

Cela ressemble davantage à un parcours multidimensionnel ou, comme j'aime à le dire, à un mouvement en spirale, où chaque tour ne s'élève pas seulement en hauteur, mais s'élargit également en largeur. À chaque mouvement, quelque chose de nouveau apparaît, quelque chose que l'on n'avait encore jamais exploré. Ce chemin ne pourra pas vous égarer dans des contrées inextricables, même si cela peut en donner l'impression au premier abord. Car retrouver cette graine enfouie sous un amas de convictions étrangères et de représentations de soi et du monde qui nous ont été imposées demande du courage, de la foi, même lorsque tout a perdu son éclat, même lorsque le silence est devenu absolu. C'est précisément là que se produira le véritable déclic.

Vous savez, dans mes jeunes années, j'avais moi-même peur de mon authenticité. J'avais peur d'être rejetée si je me contentais d'être moi-même. Mais je n'avais pas non plus envie de vivre en me pliant aux exigences de la foule. Je ressentais le caractère faux de ce jeu que j'appelais « acquiescer à tout ».

Et cela se répétait à chaque fois — pendant mes études à l'école, puis à l'académie, où se dessinaient clairement des règles écrites par d'autres. Et moi, je ne cessais de me demander : pourquoi faudrait-il que tout le monde soit pareil ?

Cette question est devenue le point de départ de mon émancipation et c'est précisément l'art qui m'a aidée à en prendre conscience. Lorsque l'on me demandait avec insistance et sans appel de suivre des prescriptions et des recommandations toutes tracées, je me demandais : comment une notion aussi vaste et libre peut-elle être enfermée dans les chaînes de la subjectivité ? Pourquoi devrais-je écouter ceux qui me disent : aligne-toi sur les autres, suis le chemin déjà tracé, comme si c'était la seule manière correcte d'agir ?

Et pourquoi ?

Cette question a été véritablement libératrice, car elle m'a placée face à des programmes profondément enracinés et m'a aidée à voir que leur origine ne se trouvait pas en moi. J'ai commencé à comprendre que je n'étais pas à l'origine de ces programmes, mais que je n'en étais que la porteuse : ce n'était pas moi qui pensais ainsi, ni moi qui le voulais — c'étaient les autres, eux-mêmes encodés par le système.

C'est précisément la question de l'individualité qui me pousse, encore et encore, à repousser ce prétendu « plafond » qui, en réalité, n'existe pas. C'est ce qui me pousse constamment à découvrir ma propre essence et celle des autres. C'est ce que je cultive chez chaque personne avec laquelle je travaille : sa propre lumière, sa graine unique, qui ne demande qu'à germer.

Comme le disait Rupi Kaur : « Nous sommes tous nés si beaux… la plus grande tragédie est que l'on nous a fait croire le contraire. »

Ainsi, pour nous défaire de nos propres fausses représentations, de cette petitesse et de cette impuissance que nous nous attribuons, il suffit de retrouver la lumière qui a toujours été en nous et qui attendait son heure. La lumière de l'individualité, celle qui nous rend le droit d'être pleinement nous-mêmes.

N'est-il pas tout simplement naturel de tout laisser derrière soi et de partir à la découverte de son propre chemin ? Je ne prétendrai pas le contraire. Mais je n'hésiterai pas non plus à ajouter ceci : les cadeaux que vous recevrez au cours de ce voyage vous feront comprendre toute l'importance de trouver vos propres repères et vos propres perspectives. Vous prendrez conscience de votre grandeur et de tout ce que vous pouvez accomplir en vous consacrant véritablement à ce qui vous plaît — et de la manière qui vous plaît.

Cela vaut tout particulièrement lorsqu'il s'agit de trouver sa propre signature artistique, son style, son activité et sa manière d'aborder tous les domaines de sa vie.

Et il n'y a rien de mal, rien qui soit « de travers », si vous n'avez pas aujourd'hui
le sentiment de vivre selon vos propres règles. Rappelez-vous qu'il ne s'agit que d'une réalité alternative. Vous avez parfaitement le droit de la refermer et de l'oublier pour un temps — jusqu'à ce que les « chaussures de la vie » deviennent trop petites, s'usent ou se déchirent. Alors, vous pourrez toujours y revenir. Trouver quelque chose de plus large, de plus spacieux, de plus léger. Et ainsi, encore et encore. En largeur et en hauteur.

Ce message n'a pas pour but de vous dire que quelque chose ne va pas. Non. Tout va bi
en en vous, et le monde vous aime — quels que soient les choix que vous faites, que vous soyez plus ou moins proche de votre âme. Ce message est plutôt là pour vous rappeler que votre chemin est sacré et que vous êtes un voyageur, un être qui a eu le courage de partir à la découverte de son essence, d'aller vers l'inconnu, de tomber et de se relever, de se tromper, de devenir plus sage, de parfois revenir en arrière, puis de faire un grand pas en avant, avançant à travers les épines jusqu'aux étoiles — comme aimaient à le dire les écrivains de la Rome antique.

Et ce chemin est magnifique en lui-même. Et vous êtes magnifique sur ce chemin, tel que vous êtes, tel que vous avez été ou tel que vous serez peut-être. Permettez simplement à votre lumière de rayonner, d'éclairer les recoins les plus sombres et les moins explorés de votre être, et de révéler toute cette richesse, toute cette magie que vous portez véritablement en vous.

Et c'est bel et bien ainsi.


AUTRICE : KRISTINA MARIINSKAYA
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