On raconte qu’il existe un endroit où les chemins sont innombrables, et où les gens qui les empruntent ont une étrange coutume : depuis leur plus tendre enfance, ils ramassent de lourdes pierres et les portent sur leur dos. Tout le monde faisait ainsi, et nul ne savait d’où venait cette étrange tradition. Personne n’aurait même pu imaginer qu’il était possible de ne plus la suivre.
C’est ainsi que vivait aussi notre petit homme. En grandissant, tout ce qu’il savait faire, c’était ajouter des pierres au sommet de son petit tas et continuer d’avancer, chaque fois un peu plus lourdement, un peu plus lentement.
Au cours de l’un de ses voyages, il se lia d’amitié avec un compagnon venu du ciel : une grande étoile, brillante et lumineuse. La nuit, elle éclairait son chemin, et le jour, elle réchauffait son cœur en lui rappelant les contes merveilleux des heures crépusculaires.
Une belle nuit, mystérieuse entre toutes, elle conduisit son ami jusqu’à une fleur d’une beauté incomparable, qui rayonnait d’une douce lumière rose, éblouissante comme le soleil.
L’homme fut émerveillé par cette rencontre. Il s’assit près de la petite fleur et lui demanda :
« Jamais encore je n’avais rencontré des êtres aussi merveilleux. Comment fais-tu pour briller avec tant d’éclat ? »
Un peu plus tard, la mystérieuse fleur lui répondit :
« Essaie donc d’enlever toutes ces lourdes choses que tu portes sur ton dos, et tu verras. »
« Mais comment ? Depuis aussi loin que remontent mes souvenirs, je n’ai fait qu’ajouter une pierre après l’autre », demanda l’homme, mécontent.
« C’est donc qu’on t’a fait croire que c’était ainsi qu’il fallait vivre », murmura la petite fleur. Puis, après un instant, elle ajouta :
« Tu sais, je ne pourrais jamais briller aussi fort si je reposais sous un amas de pierres. Comment se fait-il que toi, tu le puisses ? »
Et, en effet, jamais il n’y avait songé. On lui avait donc fait croire à tout cela ? Alors, il devait bien exister une autre possibilité. Et si elle existait vraiment ? Et s’il essayait ?
C’est ainsi que les choses se passèrent : notre petit homme décida de prendre le risque. Il se leva et se débarrassa d’un seul mouvement de tout ce qu’il portait depuis sa plus tendre enfance. Aussitôt, il se sentit si léger, si joyeux, qu’il se mit à courir, à sauter et à danser dans les bras de l’herbe parfumée, découvrant une légèreté qu’il n’avait jamais connue auparavant.
Et son exemple en inspira beaucoup d’autres.
En un instant, le monde devint plus lumineux et plus léger.
sa maison est en lui — et là, tout est paisible.
autrice: KRISTINA MARIINSKAYA