Je peux deviner ce que beaucoup d’entre vous, qui ne dessinent pas, pensent en ce moment : « N’importe quoi… Comment pourrais-je représenter quoi que ce soit sans expérience artistique ? ».
Oui, il y a fort à parier qu’à votre place, j’aurais pensé la même chose autrefois. Mais pas aujourd’hui.
Pourquoi ?
J’ai eu l’occasion d’emmener de nombreux jeunes artistes, malgré leurs peurs, en « plein air », et à Saint-Pétersbourg j’avais même un format particulier de rencontres appelé « Impressions ». Le principe était simple : représenter de manière expressive les moments ou détails qui nous avaient le plus touchés, et ne pas dépasser 15 minutes.
Pourquoi si court ?
Parce qu’en si peu de temps, il est tout simplement impossible de dessiner tous les détails, les ombres, les nuances. L’objectif était de saisir ce qui est profondément personnel et significatif pour chacun. La beauté résidait dans ce que l’on contemplait, et il s’agissait de concentrer son attention uniquement sur cela. Et ce « cela » est différent pour chacun : une lumière particulière, une ombre intéressante, un ensemble de formes, la plasticité d’un geste, ou son absence. Chaque personne mettait en valeur ce qui lui parlait — c’était là tout le sens de l’exercice.
Bien sûr, les trente premières minutes étaient souvent stressantes, même pour les artistes expérimentés. Pourquoi ? Parce que le perfectionnisme, ce compagnon obstiné et intrusif, s’invite toujours : tout le monde veut « parfaire » son image, ses couleurs, ses courbes… Mais impossible en si peu de temps ! Les premières esquisses servent donc à laisser partir la peur et à reléguer ce compagnon exigeant sur un banc voisin.
L’objectif n’était pas d’obtenir un dessin parfait, mais presque tous les artistes que je connais faisaient ces esquisses pour nourrir leur observation et créer des bases pour de futures œuvres. Et qui sait où cela peut mener ?
Alors, que vais-je vous proposer aujourd’hui ?
Même si vous pensez que seules les « pros » osaient participer à ces rencontres, il y avait en réalité beaucoup de débutants courageux, qui venaient sans expérience, avec un simple crayon et un vieux carnet oublié sous un livre. Oui, ils avaient peur. Oui, leurs dessins n’étaient pas parfaits. Mais dans cette innocence, ils surpassaient souvent les soi-disant « pros ». Parce qu’ils ne savaient pas ce qui « devait » être, et faisaient simplement de leur mieux. Et c’est dans cette impartialité que naissaient de vrais sujets audacieux, parfois encore bruts.
Je veux vous rappeler : cette pratique n’est pas faite pour dessiner parfaitement, mais pour apprendre à remarquer et à fixer sur le papier. L’idée est d’utiliser l’art visuel pour esquisser vos sensations et impressions, pour transmettre autant que possible la beauté et l’harmonie perçues.
Pourquoi ce type d’esquisses ?
Parce que, en dessinant — peu importe votre niveau — vous vous connectez encore plus profondément à ce que vous observez. Vous immortalisez ce que vous avez vu. Le temps consacré au dessin favorise une exploration attentive et profonde, augmentant la conscience du moment. C’est un processus fascinant, où tout votre être se concentre sur un seul sujet. Beaucoup appellent cela méditation.
Et comment pratiquer ?
Partez en promenade dans votre parc préféré, un café ou une rue que vous aimez. Trouvez un sujet qui vous touche particulièrement, et dessinez-le comme vous le pouvez. Ne dispersez pas votre regard, concentrez-vous sur une seule chose et laissez-vous aller. Personne ne jugera votre résultat, et vous n’avez même pas besoin de le montrer à qui que ce soit. Ce qui compte, c’est le processus. Soyez pleinement dans l’instant.